18/12/2010 14:07:42

Soudan - La CPI enquête sur "les millions cachés" de Béchir

par Sara Webb

AMSTERDAM, 18 décembre (Reuters) - Le procureur général de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, a confirmé samedi qu'il enquêtait sur les allégations contenues dans des câbles diplomatiques américains sur les neuf milliards de dollars que le président soudanais Omar Hassan el Béchir aurait amassé à l'étranger.

Dans une dépêche diplomatique divulguée par WikiLeaks, le procureur de la CPI aurait déclaré, d'après des diplomates américains, que la banque Lloyd's de Londres pourrait détenir des fonds appartenant à Béchir ou connaître là où ils sont gardés.

"Je suis en train d'enquêter sur les aspects financiers et nous disposons d'informations sur l'argent de Béchir. Je peux confirmer qu'il s'agit bien de neuf milliards d'euros", a-t-il dit à Reuters.

Moreno-Ocampo accuse le chef de l'Etat soudanais de génocide et de crimes de guerre dans la province du Darfour.

Le télégramme divulgué par le site internet de Julian Assange laisse entendre que la révélation de la fortune cachée de Béchir pourrait retourner l'opinion publique de son pays contre lui.

"D'après mon expérience de procureur, lorsque vous avez affaire à ce genre de crimes, l'argent volé aide à délégitimer son auteur", dit-il.

Prié de dire s'il s'attend à une arrestation prochaine de Béchir, le magistrat a répondu: "Je suis certain que c'est juste une question de temps. J'ai demandé son arrestation mais je ne peux pas mettre en oeuvre ce mandat d'amener, qui est du ressort des autorités soudanaises".

A propos de Lloyd's, le procureur de la CPI a déclaré samedi: "L'argent (de Béchir) n'est pas à la Lloyd's. Simplement, cette banque abrite des comptes officiels du gouvernement soudanais" et peut donc être en mesure de fournir des informations.

A Londres, une porte-parole de Lloyd's a déclaré à Reuters: "Nous ne disposons d'aucun élément donnant à penser qu'il existe un lien entre le groupe bancaire Lloyd's et M. Béchir. La politique de notre groupe est de respecter les obligations légales de toutes les juridictions où nous opérons".

A Khartoum, les autorités soudanaises ont rejeté les allégations de WikiLeaks en soulignant que semblables pratiques étaient de toutes façons impossibles en raison des sanctions frappant le Soudan.

"C'est de la pure propagande - Moreno-Ocampo utilise de fausses informations dans le but d'exercer des pressions politiques", a déclaré à Reuters Rabie Abdelati, membre du ministère de l'Information et du parti du Congrès national (NCP) du chef de l'Etat.

"Je ne crois pas que le président Béchir détienne un compte bancaire en Europe, en Amérique ou dans le monde arabe. S'il avait un compte à son nom ou sous un prête-nom, ce serait très facile de les saisir".

Il a ajouté: "Nous mettons au défi quiconque affirme savoir où l'argent se trouve et s'il réussit à trouver ce compte, il aura toute lattitude pour prendre cet argent et le garder comme récompense !".

Un autre responsable soudanais de haut rang a déclaré sous le couvert de l'anonymat: "C'est faux. Le Soudan fait l'objet de lourdes sanctions et d'une surveillance renforcée. Comment le président Béchir aurait-il pu cacher tout cet argent dans une banque occidentale ?"

(avec Andrew Heavens à Khartoum et Stave Slater à Londres; version française Jean-Loup Fiévet)

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